La Liseuse - Georges Appaix

 

 

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La musique

Il y a la chanson, c’est le lieu de rencontre de la musique et des mots et c’est un petit théâtre en trois minutes, un bout d’histoire, une séquence courte. Ce qui me plaît dans cet art populaire, c’est la combinaison de simplicité et de raffinement.

Les musiciens de jazz, eux, ont réussi à trouver un chemin entre la structure et la liberté. J’ai souvent utilisé Coltrane (le grand libre, le grand mélodiste !) et qui d’ailleurs me fait penser à Ponge parce qu’il est capable de ressortir une bluette, un air que tout le monde chante et d’en faire quelque chose de sophistiqué. Le jazz, c’est la musique transversale par excellence, la musique métisse qui intègre toutes sortes de matières, classiques, ethniques, expérimentales, qui recycle et invente sans cesse, à travers les standards, les improvisations... Je suis évidemment sensible au rythme des batteurs, à la syncope, aux changements de mesure, au décalage du tempo... là encore s’exerce la rupture et la dissociation corporelle qui, par ailleurs, est une de nos grandes préoccupations. La chaleur des sonorités me touche, en particulier celle du saxophone, c’est par cet instrument que j’ai physiquement éprouvé la constance de la respiration, le travail du souffle... C’est à partir de là que j’ai eu envie, dans la danse, de travailler avec la voix, inspiré à l’époque par le travail des Double Six qui transcrivaient en paroles des musiques de jazz, note à note, et qui tissaient ensemble les mots, la mélodie et le rythme ; aujourd’hui j’écoute André Minvielle et Bernard Lubat.
J’aime aussi les musiques chorales, méditerranéennes, en particulier Giovanna Marini dont j’ai utilisé les musiques dans Le Bel Été, d’après le récit de Pavese, toujours pour ce même cocktail d’ingrédients populaires et de mixage raffiné. Après, j’ai glissé vers des musiques latines de danse, mambo, cha cha... Ces musiques à danser correspondent souvent dans le spectacle à des moments de repos, de plaisir immédiat, de connivence et permettent, par contraste, de mettre en valeur des éléments de textes plus complexes, qui sollicitent davantage l’attention du spectateur.

Entretien avec Georges Appaix par Christine Rodès (extraits), revue La Pensée de Midi, "Création(s), la traversée des frontières", n°2, sept. 2000.